| Puis il décide d'ouvrir un cabinet
à Agen, se marie et noue d'excellentes
relations avec l'un des plus grands savants
d'alors, Jules César Scaliger. Quelques
années passent, pendant lesquelles
on peut croire que Nostre-Dame vit heureux.
Après la mort de sa femme et de ses
enfants, emportés par une nouvelle
épidémie de peste, il prend
le bourdon du voyageur, sinon du pèlerin,
et commence un périple qui l'aurait,
dit-on, conduit jusqu'en Égypte.
C'est alors que se seraient déclarés
ses dons de voyance : rencontrant un moine
sur son chemin, il tombe à genoux
et reconnaît en lui le futur pape
Sixte V.
À son retour à Salon
(1546), où il se remarie (1548),
s'il exerce encore avec succès la
médecine, il pratique surtout, comme
son grand-père maternel, l'astrologie.
En 1550 paraît son premier almanach,
Pronostication «avec présages»,
précise-t-il, qu'il fera suivre de
beaucoup d'autres jusqu'à sa mort.
Il compose parallèlement un Traité
des fardements (1552), dans lequel
on trouve pêle-mêle conseils
de beauté et recettes de bonne femme,
à la manière des médecins
du temps.
Le coup de génie viendra avec les
Centuries astrologiques, qu'il
écrit, de son propre aveu, dans un
état de «fureur poétique».
Il s'en expliquera dans une lettre à
son fils César : il n'a composé
son livre qu' «à partir
de ce que la divine essence [lui] a donné
à savoir grâce au mouvement
des astres».
De même, il donne à son fils
la raison pour laquelle il a été
si obscur : «Bien des fois, depuis
longtemps, j'ai prédit très
à l'avance ce qui est arrivé
depuis, événements heureux
ou malheureux, annoncés par moi avec
une promptitude instantanée, et qui
se sont produits depuis dans les divers
pays du monde. Cependant, je n'ai pas voulu,
à cause des persécutions qui
pourraient m'advenir, écrire clairement
des événements que je prévois
pour le futur ; en effet, les royaumes et
les religions subiront des bouleversements
d'une telle ampleur que si je venais à
l'annoncer dès à présent,
ceux des divers partis, religions et croyances
en seraient offusqués et condamneraient
ce qu'ils ne réussiront point à
empêcher.»
Ces Centuries astrologiques sont
publiées à Lyon en 1555 sous
le titre les Prophéties.
L'ouvrage connaît un succès
considérable.
L'année suivante, au mois de juillet,
Catherine
de Médicis, passionnée
par l'occultisme, l'appelle à la
Cour afin qu'il dresse l'horoscope de ses
fils.
Les astres annoncent que trois d'entre eux
régneront. Prédiction étonnamment
juste : les trois garçons porteront
tour à tour la couronne, sous les
noms de François
II, Charles
IX (Nostradamus deviendra son astrologue
et son médecin attitré) et
Henri
III.
Revenu à Salon, Nostradamus apprend
la mort de leur père, le roi Henri
II. Nouveau succès : le prophète
de Salon n'a-t-il pas prévu cet événement,
et jusqu'aux circonstances dans lesquelles
il surviendra?
Le Lyon jeune, le vieux surmontera
En champ bellique par singulier duelle:
Dans cage d'or les yeux lui crèvera
Deux classes une, puis mourir, mort cruelle.
Contre toute attente, Henri
II meurt en effet dans un tournoi. Il
a mal fermé son heaume et le comte
de Montgomery, son adversaire, a transpercé
de sa lance, par l'œil droit, le cerveau
du roi. |